Commissure des lèvres fendues : perlèche, mycose ou simple gerçure ?

Une fissure au coin de la bouche est souvent petite, mais elle peut vite gêner pour sourire, parler, manger ou se brosser les dents. Dans beaucoup de cas, une commissure des lèvres fendues correspond à une perlèche, aussi appelée chéilite angulaire, c’est-à-dire une inflammation localisée à l’endroit où la lèvre supérieure et la lèvre inférieure se rejoignent.

La lésion est le plus souvent bénigne, mais elle mérite d’être comprise. Une simple gerçure, une irritation liée à la salive, une mycose à Candida albicans, une bactérie ou une allergie de contact ne se gèrent pas toujours de la même façon.

Ce que signifie vraiment une commissure des lèvres fendue

La commissure des lèvres est une zone de pli, fine et mobile, qui travaille en permanence. Elle s’étire quand on parle, se contracte quand on mange, s’humidifie avec la salive et supporte mal le froid, les frottements ou certains produits irritants. Quand cette zone se fragilise, elle peut rougir, se fendiller puis former une petite crevasse douloureuse.

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La perlèche désigne précisément cette inflammation des coins de la bouche. Elle peut toucher un seul côté ou les deux commissures. Elle reste parfois très localisée, mais peut aussi s’étendre vers la joue ou vers l’intérieur de la bouche. Selon InfoSanté, elle concerne environ 7 personnes sur 1000, ce qui en fait une situation assez fréquente, sans être anodine quand elle persiste.

Le plus utile est d’identifier ce qui l’entretient : sécheresse, macération, infection, prothèse dentaire, médicament, carence ou allergène. C’est ce facteur qui oriente la prise en charge, pas seulement l’aspect de la fissure.

Reconnaître les signes : gerçure, perlèche ou infection ?

Les symptômes typiques au coin de la bouche

Une commissure fendue commence souvent par une rougeur ou une sensation de tiraillement. Puis la peau se fendille, parfois avec une desquamation, c’est-à-dire de petites peaux qui se détachent. La douleur apparaît surtout lors des mouvements du quotidien : rire, bâiller, ouvrir grand la bouche, manger un aliment acide ou se brosser les dents.

Fiche médicale : Comprendre et traiter la chéilite angulaire (perlèche) : Consultez cette fiche médicale complète pour identifier les causes, les symptômes et les traitements adaptés à la perlèche.

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Certains signes orientent davantage vers une perlèche installée : croûtes, suintement, démangeaisons, aspect humide, fissure qui se rouvre sans cesse ou inflammation qui gagne légèrement la peau autour. Une sensation de brûlure peut aussi être présente. Quand la lésion dure, le schéma est souvent le même : la fissure gêne, on l’humidifie avec la langue, la salive entretient l’irritation, puis la peau se réouvre.

Tableau pour mieux différencier les situations

Situation possible Indices fréquents Ce que cela suggère
Gerçure simple Sécheresse, tiraillement, petite fissure après un froid sec ou des lèvres déshydratées Irritation mécanique ou climatique, souvent améliorée par une protection et une hydratation adaptées
Perlèche candidosique Rougeur humide, récidive, contexte d’antibiotiques, de cortisone ou d’immunité affaiblie Implication possible du champignon Candida albicans
Perlèche bactérienne Croûtes, suintement, inflammation marquée Staphylocoque doré ou streptocoque possibles
Allergie ou irritation de contact Apparition après un dentifrice, un rouge à lèvres, un soin parfumé ou un aliment irritant Réaction locale à un produit de beauté, d’hygiène ou à un allergène

Ce tableau aide à se repérer, mais il ne remplace pas un avis professionnel. Deux lésions visuellement proches peuvent avoir des causes différentes, et un traitement inadapté peut entretenir le problème au lieu de le résoudre.

Pourquoi les coins des lèvres se fissurent

Salive, macération et froid : le trio le plus courant

La salive joue un rôle central. Lorsqu’elle mouille continuellement les commissures, elle irrite la peau et peut avoir une action détersive. L’humidité et la chaleur créent alors un terrain favorable aux champignons et aux bactéries. Le tic de léchage aggrave souvent la situation : on croit soulager la sécheresse, mais on entretient l’humidité puis l’irritation.

Le froid sec et l’hiver fragilisent aussi les lèvres. La peau se dessèche, perd en souplesse, puis se fend au niveau du pli le plus sollicité. C’est particulièrement net chez les personnes qui respirent souvent par la bouche, chez les enfants qui bavent ou sucent leur pouce, ou lorsqu’une hypersalivation humidifie les coins de la bouche.

On peut comparer la commissure à un petit soufflet : à chaque parole, bouchée ou sourire, le pli s’ouvre et se referme. Si la zone est sèche, elle craque ; si elle reste humide trop longtemps, elle macère ; si elle est irritée, le mouvement répété empêche la réparation. Cette mécanique explique pourquoi une fissure minuscule peut durer : le problème n’est pas seulement la coupure, mais le microclimat du pli, entre frottement, humidité, tension cutanée et manque de ventilation.

Champignons, bactéries et flore déséquilibrée

Candida albicans est souvent cité dans les perlèches candidosiques. Ce champignon peut être naturellement présent dans la bouche, mais proliférer lorsque l’équilibre local est perturbé. Une prise d’antibiotiques peut modifier la flore buccale, tandis que la cortisone ou certains traitements immunosuppresseurs peuvent favoriser les candidoses.

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Des bactéries peuvent également être impliquées, notamment le staphylocoque doré ou le streptocoque. Dans ce cas, des croûtes, un suintement ou une inflammation plus marquée peuvent apparaître. La difficulté est que mycose, bactérie et irritation peuvent se superposer : une fissure due au froid peut ensuite se coloniser si elle reste humide.

Carences, médicaments, prothèses et allergènes

Des carences en fer, en vitamines B ou en zinc peuvent être associées à une fragilité des muqueuses et favoriser les fissures. Certains médicaments, comme les rétinoïdes prescrits contre l’acné, assèchent les muqueuses buccales, y compris les lèvres. D’autres traitements peuvent aussi modifier l’équilibre local ou réduire les défenses.

Les prothèses dentaires mal adaptées sont un autre facteur important : elles peuvent modifier la fermeture de la bouche, créer des plis plus profonds ou favoriser la stagnation de salive. Enfin, un dentifrice, un rouge à lèvres, un baume parfumé, un soin irritant ou même un aliment peut déclencher une irritation ou une allergie de contact au niveau des commissures.

Les profils plus exposés aux fissures des commissures

La perlèche peut toucher tout le monde, mais certains profils sont plus vulnérables. InfoSanté précise qu’elle est plus fréquente chez les personnes de plus de 75 ans. Avec l’âge, les plis autour de la bouche peuvent devenir plus marqués, notamment les rides d’amertume, ce qui favorise la macération. Le port d’une prothèse dentaire ajoute parfois une irritation mécanique ou une mauvaise répartition de la salive.

  • Jeunes enfants : salivation importante, tétine, pouce, peau souvent humidifiée autour de la bouche.
  • Personnes âgées : plis plus profonds, sécheresse, prothèses dentaires, macération plus facile.
  • Porteurs de prothèses dentaires : irritation ou mauvaise adaptation possible.
  • Personnes diabétiques : terrain plus favorable à certaines infections, notamment candidosiques.
  • Personnes immunodéprimées : VIH, chimiothérapie, immunosuppresseurs ou baisse des défenses locales.
  • Personnes sous certains traitements : antibiotiques, cortisone, rétinoïdes ou médicaments asséchant les muqueuses.
  • Personnes porteuses de trisomie 21 : exposition accrue dans certains contextes de salivation, de morphologie buccale ou de fragilité cutanée.

Chez ces personnes, une fissure qui revient souvent ne doit pas être considérée comme un simple détail esthétique. Elle peut signaler un facteur persistant : prothèse à réajuster, sécheresse buccale, candidose, carence ou irritation répétée.

Soulager, prévenir et savoir quand demander conseil

Les gestes utiles au quotidien

Le premier réflexe est de limiter ce qui entretient la fissure. Évitez de vous lécher les lèvres, même si cela soulage quelques secondes. Séchez délicatement les commissures si elles restent humides, sans frotter. Utilisez des soins doux, non parfumés, idéalement hypoallergéniques, surtout si vous suspectez un rouge à lèvres, un baume ou un dentifrice irritant.

  • Protéger les lèvres du froid sec et du vent.
  • Éviter les produits cosmétiques parfumés ou irritants pendant la poussée.
  • Privilégier un dentifrice bien toléré si la zone brûle après le brossage.
  • Limiter la macération en gardant les commissures propres et sèches.
  • Réduire les apports très sucrés si une candidose est suspectée, car une forte consommation de sucre peut favoriser ce terrain.
  • Demander si des bains de bouche sont adaptés, car ils peuvent aider à réduire la quantité de bactéries dans la bouche selon les situations.
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Si une mycose ou une bactérie est en cause, un simple baume réparateur ne suffit pas toujours. Il peut améliorer le confort, mais le traitement doit viser la cause : antifongique en cas de candidose, prise en charge bactérienne si nécessaire, correction d’une prothèse dentaire, changement de produit irritant ou recherche d’une carence.

Les signes qui justifient un avis médical ou pharmaceutique

Demandez conseil si la fissure persiste, récidive souvent, suinte, forme des croûtes importantes, s’étend vers la joue ou l’intérieur de la bouche, ou devient très douloureuse. Un avis est aussi préférable en cas de diabète, d’immunodépression, de chimiothérapie, de VIH, de traitement par cortisone ou immunosuppresseur, ou chez une personne âgée porteuse d’une prothèse dentaire.

Il faut également consulter si vous hésitez avec une autre lésion : bouton d’herpès, aphte proche de la commissure, eczéma de contact, muguet buccal ou infection plus étendue. Une commissure des lèvres fendue est souvent banale, mais lorsqu’elle dure, revient ou s’infecte, l’enjeu est simple : ne pas seulement calmer la douleur, mais supprimer le facteur qui empêche la peau de cicatriser.

Élise-Marie Bellavoine

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