Le Gong et le Yoga de Yogi Bhajan

Le 5 juillet 1984, Yogi Bhajan déclarait : « Le gong est très simple. C’est un système inter-vibratoire, le son de la créativité elle-même. Le gong n’est rien de plus, rien de moins. Celui qui joue le gong joue l’Univers. Jouer du gong n’est pas une chose ordinaire. La vibration du gong (en tant que Naad) est à la base de toute la musique, de tous les sons et de tous les mots. Le son du gong est l’atome la Parole. »

Yogi Bhajan est sans doute l’enseignant qui a le plus contribué à l’intérêt des yogis du monde occidental pour le Gong, même si le milieu musical l’avait déjà adopté comme instrument de percussion dans les orchestres symphoniques.

Les Medecin’Gong Players utilisent de préférence le Feng-Gong, car la richesse harmonique aléatoire de cet instrument en fait l’outil idéal pour la relaxation, la guérison et la « renaissance ». C’est d’ailleurs sur ce type de Gong que Yogi Bhajan a tout d’abord étudié et pratiqué, à ceci près qu’il était plus épais qu’un gong moderne. Étant moins « réactif », il fallait donc activer constamment et puissamment l’instrument.

Cette façon de jouer, engendrant tour à tour une sensation de confrontation et de puissant soutien est caractéristique de l’Art du Gong proposé par Yogi Bhajan. Lorsque nous désirons « renaître », je veux dire remodeler notre approche du Cosmos avec une relation au monde et à soi dénouée et plus simple, nous devons permettre aux vieux schémas psychologiques et karmiques de se dissiper. Le Gong fait ce travail, il les brûle, les détruit sans réserve ! Puis il aide tout notre être à se remodeler. Il n’y a rien à faire, pas même la moindre intention à formuler. Ce n’est pas toujours agréable, mais le bénéfice est extraordinaire.

Il y a une relation particulière entre le Kundalini Yoga et le Gong. C’est l’instrument du Yogi en ce qu’il permet l’intégration des asana, des kriya… dans tous les niveaux de la personne durant une relaxation finale. Mais pas seulement. Yogi Bhajan utilisait aussi le Gong pendant les exercices, pour élever l’énergie des pratiquants et soutenir leurs efforts. Le Gong n’est pas qu’un instrument de relaxation : c’est aussi l’arme du guerrier spirituel. Ou même le Guru qui montre la voie.

Le Gong devient à la mode. Je suis conscient d’avoir contribué à sa diffusion en France, qui accusait d’ailleurs un certain retard par rapport à nos voisins européens. Dès qu’une activité devient à la mode, le business et la quête égotique s’en mêlent, et cela devient vite n’importe quoi. Un exemple simple : le Yoga, avec sa cohorte de formations en quelques jours, sa mode sexy et coûteuse, son esprit bobo-sportif… C’est le propre du capitalisme d’exacerber les plus pitoyables tendances humaines pour mieux les exploiter, proposer des alternatives plus avilissantes encore, et en tirer profit.

Le nombre de personnes qui cherchent à « se défoncer » au son du Gong ne cesse de croître. De même ceux qui cautionnent et alimentent cette tendance. Peut-être que ces approches feront bientôt partie des nouvelles drogues : « ecstasy vibratoire » et son cortège d’addictions et maux en tous genres… Voilà qui serait étonnant quand on sait que Yogi Bhajan jouait du Gong justement pour aider ses étudiants hippies à réparer leurs dommages causés par l’usage de la drogue ! Bien entendu, je me désolidarise totalement de cette orientation. Je ne l’ai pas voulue et ne prétendrais nullement chercher à tenir un flambeau face aux inconvénients de l’Ère du Verseau. Il me semble juste et bon d’essayer d’approfondir l’enseignement lumineux et plein de compassion de Yogi Bhajan. Quand vous serez à moitié sourd-es et/ou ravagés émotionnellement, allez voir les Medecin’Gong Players ! 😉

Quand Yogi Bhajan a découvert les Gongs occidentaux, il en est vraiment tombé amoureux tant ceux-ci étaient performants, subtils, riches, réactifs. Mais il a continué à jouer de la même manière sur ces nouveaux Gongs, ce qui donna parfois des résultats étonnants. En tant qu’instrument du Yogi, le Gong n’est pas spécialement destiné à se relaxer. C’est avant tout un instrument de transformation et c’est ainsi que Yogi Bhajan l’utilisait et l’enseignait. Sans doute est-ce pourquoi il n’avait pas tant besoin de modifier son jeu (malgré les exigences techniques des Gongs modernes). La transformation est un processus complet de guérison holistique, et à ce niveau la qualité du Gong et ses spécificités sont plutôt secondaires. Un couvercle de casserole peut parfois faire l’affaire ! (En revanche, un ignorant pour l’activer ne fera pas l’affaire.)

Grâce aux procédés de fabrication contemporains, on trouve des Gongs de plus en plus raffinés, avec des richesse harmoniques incroyables, plus de puissance aussi. Cela permet d’orienter facilement le travail du Gong vers la détente. C’est une bonne chose. Bien sûr, et tel qu’il en est dans la méditation, la détente est une étape nécessaire, mais pas une fin en soi. Tout le monde veut se détendre, se débarrasser du stress, oublier un moment… et c’est pourquoi tout le monde se drogue de mille façons ! Mais si l’on veut vraiment « renaître », il est nécessaire d’avoir un peu plus d’ambition… Cela, Yogi Bhajan le savait bien.

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